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27 mars 2020

Première tentative d’analyse sur l'ère post-Covid-19

Christofer Govaerts

Chief Strategist

Les marchés financiers extrapolent les développements chinois et la potion budgétaire magique

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D'après ce que nous avons vu au cours des deux derniers jours - un formidable rebond du marché boursier mondial - il me semble que le marché mise désormais sur deux facteurs clés. Premièrement, le fait que la Chine se porte mieux maintenant, et deuxièmement, la forte potion fiscale magique mondiale qui devrait aider le monde à survivre dans les semaines et mois à venir et remettre le train de la reprise économique sur la bonne voie.

En ce qui concerne la Chine, il semble que le pire soit passé pour le moment et que l'économie ait désormais retrouvé 80% de ses capacités de production par rapport à la situation d'avant l'épidémie de Covid-19. En Chine, il semble que le virus ait atteint son sommet. En Occident et dans certains pays émergents, ce n'est pas le cas. Regardez l'Italie, l'Espagne. Et en particulier le pays de l'oncle Sam, la première puissance mondiale, où la courbe est encore exponentielle et où le nombre de morts dépasse même celui de la Chine (et de l’Espagne). Je crains donc que nous ne soyons pas encore sortis du bois. Si un scénario chinois est sur la table, nous devrions toujours attendre encore quelques semaines au moins avant que les choses commencent à s'améliorer en Occident et dans les pays émergents (hors Chine).

La potion budgétaire mondiale magique est énorme, les premières estimations pointant désormais vers des efforts de plus de 6 000 milliards d’USD et plus. Et cela sera plus que bienvenu et extrêmement nécessaire pour protéger le monde des retombées de ce drame. Ce multiplicateur budgétaire sera plus efficace et direct que le bazooka monétaire, ce dernier vient en complément et est destiné à calmer la tempête sur les marchés financiers. Mais, il y a aussi le facteur temps. Et le temps est vraiment essentiel au moment où nous écrivons.

Il faudra des semaines avant que tous ces engagements soient concrétisés. Il y a encore beaucoup d'obstacles à franchir, tant en Europe qu'aux Etats-Unis. En Europe par exemple, les décideurs de la zone euro sont toujours en train de déterminer quels véhicules devraient soutenir le bazooka fiscal (par exemple le Mécanisme européen de stabilité), la question de la mutualisation de la dette (‘obligations corona’), etc. Au moins deux semaines seront nécessaires et ce, dans le meilleur des cas, compte tenu du bilan européen en matière de gestion des crises. Puissions-nous en sortir plus forts et plus unifiés après cette crise (croisons les doigts).


Géopolitique et géoéconomie

La conférence de presse que Donald Trump a tenue le 26/03 après celle du G20 a été digne d’un divertissement de comédie ‘stand-up’ façon Trump. Aussi drôle que cela ait été, ses déclarations ont clarifié d'autres points importants. Elles ont notamment montré que la position commune d’une coordination mondiale est une sorte d'écran de fumée, surtout quand elle concerne les plus grands leaders mondiaux. Mais il y a eu d'autres développements importants en amont de la conférence de presse.

Il convient de noter qu'un groupe de sénateurs républicains pousse désormais le président à soulager d'urgence la pression sur la guerre commerciale. En fin de compte, il se pourrait bien que les Etats-Unis dépendent de la Chine pour leur équipement médical dans les semaines à venir en vue de combattre le coronavirus. Gagner une guerre commerciale à la fin pourrait ne pas être si facile après tout. Dans l'intervalle, le président Trump affirme qu'après la conférence de presse du G20, il a eu un tête à tête avec le président Xi Jingping (‘mon meilleur ami’). La Maison-Blanche n'a cependant toujours pas donné de détails sur cet appel téléphonique, qu'il ait réellement eu lieu ou non.

Mon opinion est que l’axe entre l’Ours et le Dragon (c'est-à-dire le tandem Chine-Russie) s’est renforcé et sera un sérieux pilier avec lequel il faut compter. Nous l'avons vu avec l'Iran où les Etats-Unis n’ont pas voulu trop envenimer les choses. Nous le voyons également maintenant dans la guerre des prix du pétrole soutenue par la Russie (favorable aux importateurs de pétrole comme la Chine) et causant des dommages considérables au secteur énergétique américain. Une petite voix me dit que certains dirigeants ne sont plus aussi désireux d'avoir Donald Trump à la Maison-Blanche pour un second mandat. L'Europe aurait peut-être intérêt de regarder vers l'Est et l'Oncle Sam pourrait ne pas aimer cela (cf. querelles précédentes ainsi que les interventions américaines sur les approvisionnements énergétiques Russie-Europe North Stream et South Stream).


Alphabet de la reprise - Changements structurels temporaires versus permanents - Psychologie

Aujourd'hui et dans les semaines à venir, l'alphabet dominera les gros titres financiers en ce qui concerne le type de reprise mondiale possible. Les lettres à la mode seront les V (fort rebond), W (rebond, faux signal, ressac et rebond à nouveau), U (rebond lent) et L (pas de rebond après le choc). Personnellement, je pense que les extrêmes - c'est-à-dire V et L - sont peu probables, que le bazooka fiscal et monétaire réussisse ou non. W est possible mais ne doit pas être préféré. U semble être un scénario plus réaliste pour les prochains trimestres. Un Phénix qui renaît donc lentement de ses cendres, ce n'est pas si mal. L'Europe a d'ailleurs connu, dans une certaine mesure, pareille évolution après la crise de 2008.

De plus, quelle que soit l’ampleur du choc, une reprise en U pourrait être plus réaliste sous un autre angle. Certains chocs ont des effets temporaires, d'autres durables. J'entends par là que certains secteurs, modèles économiques, entreprises survivront et reviendront dans quelques mois. D'autres cependant subiront une ‘destruction créatrice’. En effet, des entreprises vont connaître d’énormes défis (concurrents, système), auxquelles elles pourraient soit survivre, si elles sont flexibles dans l'ajustement, soit disparaître pour de bon. Il est difficile en ce moment de déterminer lesquelles survivront et lesquelles périront. Mais, je suis convaincu que l'actuel grand choc négatif sur la demande et l'offre aura des effets permanents.

En outre, ce genre de choc de ‘destruction créatrice’ induit un certain temps d’incubation avant que l'économie mondiale ne trouve un nouvel équilibre. Cela ne se fera pas du jour au lendemain, le script sera différent de celui des manuels économiques standards, certainement quand on voit l'ampleur du choc actuel. Il aura un impact sur les chaînes d'approvisionnement mondiales à l'avenir, peut-être avec une forme de déglobalisation ou un découplage de certains marchés émergents avec le reste du monde.

Beaucoup dépendra de la façon dont les pays gèreront la crise sanitaire actuelle. En outre, cela pourrait avoir a posteriori un impact durable sur le comportement et la psychologie des agents économiques (surtout les consommateurs). Comment allons-nous acheter à l'avenir ? Comment voyagerons-nous à l'avenir ? Comment allons-nous interagir socialement ? Tout cela et tant d’autres choses peuvent également avoir un impact sur les chaînes d'approvisionnement. Je pense donc qu'il y a de fortes chances que l'ère post-coronavirus soit définitivement différente de l'ère que nous sommes sur le point de quitter.


Christofer Govaerts
Senior strategist
27/03/20

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