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15 avril 2022

Le NFT, nouvel actif à la mode ?

Lionel Henrion

Wealth Manager

Un peu d’histoire… Il n’y a pas qu’au niveau financier que 2008 restera une année historique. Outre la grande crise des subprimes qui s’est propagée à tout un secteur et a donné lieu à de multiples régulations, c’est aussi à ce moment que Satoshi Nakamoto a développé un logiciel permettant de gérer une base de données construite sous forme de blocs, la blockchain. Cette base de données a donné naissance au Bitcoin et a vite été imitée, lançant une vague de naissances de cryptomonnaies.
Mais cette technologie ne s’arrête pas là…

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Ainsi, par analogie aux premières monnaies, des jetons digitaux sont apparus dès 2012 : les ‘coloured coins’, représentant alors un objet (issu de la vie réelle) auquel est rattaché une identité (numérique), une preuve de propriété ancrée dans la robuste blockchain du Bitcoin.

Deux artistes digitaux, Jennifer et Kevin McCoy, y ont vu une aubaine pour leur œuvre et ont vendu dans la blockchain de l’Ethereum leur œuvre ‘Quantum’ en 2014. Il s’agit d’un octogone rempli de cercles, arcs et autres formes produisant un halo fluorescent hypnotique que l’on peut consulter aisément sur le net   grâce à la courtoisie de Sotheby’s. Quantum est considéré à ce jour comme le premier NFT.

La naissance de l’art crypto

On peut considérer que c’est plus tard, en juin 2017, que Matt Hall et John Watkinson ont lancé la tendance de l’art crypto avec leur projet artistique ‘crypto punks’ : des personnages pixellisés au nombre de 10 000 dont certains pour lesquels les collectionneurs sont prêts à débourser des millions d’euros, ou plutôt des milliers d’Ethereum. Qu’on ne s’y trompe pas, pour simpliste que ce projet apparaisse, il a également permis de définir la norme de traçage et de transfert des NFT, interfacée au sein de la blockchain et aujourd’hui majoritairement utilisée pour les émissions de NFT. Bref : une petite révolution ! Ces 10 000 punks ont été générés par un algorithme et initialement offerts, ce qui contraste avec les formes artistiques plus traditionnelles. Notons également qu’en tant que précurseurs, les crypto-punks ne se conforment pas exactement à la norme d’interfaçage standard, ce qui les rend peut-être aussi encore plus uniques et justifie leur prix.

Une garantie d’authenticité

Une fois la brèche ouverte, les artistes n’ont pas manqué de s’y engouffrer. On ne peut pas parler d’une nouvelle forme d’art : depuis plus de 20 ans, de nombreux artistes utilisent le stockage de données et les possibilités digitales pour développer leurs projets. Mais à présent, ils ont trouvé un moyen de monétiser leurs créations et surtout de garantir leur authenticité, véritable aubaine quand on sait que la lutte contre les contrefaçons est séculaire avec l’art traditionnel, et était il y a peu encore inimaginable dans le domaine du numérique où on peut si facilement copier et coller du contenu !

D’un disque qui n’apparait que pendant certaines heures de la journée, à d’autres œuvres qui interagissent avec d’autres sources de stimuli, ou encore à des productions et collaborations musicales inédites, les NFT reflètent un univers artistique complet, et digne de ce nom avec plus ou moins de succès selon les cas. Mike Winkelmann, dont le nom d’artiste n’est autre que Beeple, est une personne dont le succès numérique est incontestable. Mike est diplômé en informatique et est l’auteur depuis de nombreuses années de visuels pour les concerts d’A. Grande, J. Bieber, K. Perry et bien d’autres.

Il a en outre travaillé pour des marques telles qu’Apple, Nike, Vuitton ou Samsung. Deux mois après ses premières recherches sur les NFT, il met quelques œuvres en vente et récolte 3,5 millions de dollars en un week-end ! Mais le projet qui a défrayé la chronique, ‘Everyday’ a consisté à créer une image chaque jour et à la publier en ligne, ce qu’il a fait sans discontinuer durant 13 ans ! ‘Everyday, the first 5000 days’ un collage numérique qui compile les 5000 premières créations de ce projet a été adjugée 69,3 millions de dollars le 11 mars 2021. Un record : le troisième pour un artiste en vie, et premier pour un NFT !

Quasimondo, Robert Alice project, Pak, Mad Dog Jones… nombreux sont les crypto-artistes que l’on peut apprécier grâce au succès de leurs NFT !

NFT et art traditionnel

Un tel succès ne laisse logiquement pas indifférent, à tel point qu’une exposition récente de NFT représentait des œuvres bien réelles. Caravage, Michel-Ange, Raphaël, la célèbre galerie des offices de Florence a laissé numériser plusieurs chefs d’œuvre dont les reproductions ont parfois été adjugées pour plus de 100 000 euros. Et ici se pose une question fondamentale d’ordre éthique : en est-il fini de contempler un tableau ? A y réfléchir, si la Joconde se démultipliait aux quatre coins du monde, les millions de visiteurs annuels du Louvre y feraient des économies, mais avouez que le charme n’y serait plus… Et la réalité se rapproche dangereusement de ce scénario. Je prends comme exemple la ‘Fillette au béret’ de Picasso, achetée pour 2,5 millions de dollars et vendue sous forme de NFT par une banque suisse l’année dernière par tranches de 5000 francs suisses pour un total de 4 millions, soit une plus-value de 50% pour la banque. Le tableau passera le reste de ses jours dans une installation de haute sécurité en attendant d’être prêté à des musées.

NFT et crypto-risque

Les acteurs du domaine sont très enthousiastes : la banque Jefferies anticipe une croissance du marché des NFT jusqu’à 80 milliards en 2025 et nous sommes déjà à plusieurs dizaines aujourd’hui. N’oublions toutefois pas que ces NFT reposent sur le mécanisme de la blockchain, et se négocient en cryptomonnaies, ce qui a de nombreux impacts.

Et en la matière si la robustesse du cryptage est à toute épreuve, il entraîne un coût énergétique et environnemental colossal. Une réalité qui pourrait subir les affres de la régulation. En effet, les gouvernements accepteront-ils que les efforts déployés pour atteindre des objectifs climatiques soient galvaudés par des fermes de minage qui consomment autant qu’un état pour alimenter un univers virtuel ? L’investissement comporte donc un certain risque.

Ensuite, si la blockchain est robuste aujourd’hui, il faut qu’elle le reste, et que le système qui l’entoure l’accompagne. Les cas de fraude entourant les cryptomonnaies ne sont plus si rares. Et en la matière, un actif dont la valeur est liée à une cryptomonnaie peut perdre beaucoup de sa valeur si la fiabilité de celle-ci est mise en jeu. J’en veux pour preuve la blockchain du chiliz qui a connu une chute vertigineuse, entraînant avec elle les nombreux tokens de soutien destinés aux fans des clubs sportifs. Le manque à gagner est énorme. On n’imagine pas l’Ethereum connaître le même sort mais ne perdons pas de vue que les devises traditionnelles ont connu beaucoup de maladies de jeunesse avant que nous ne les connaissions telles qu’elles sont…

Le statut d’un jeton non fongible reste également flou, le caractère non fongible signifie que cet actif est exclusivement digital. C’est donc une sorte de droit, un certificat numérique. Néanmoins le régulateur américain se penche sur la question de la considérer comme valeur mobilière et de la réguler comme telle. Un point qui n’est pas sans conséquence, fiscale notamment.

Finalement, puisque nous parlons de valeurs mobilières, notons que l’engouement qui a amené les ventes sur ‘Open sea’, la plus grande plateforme de NFT, à passer de 8 millions de dollars en janvier 2021 à 5 milliards en janvier 2022 reflète la même versatilité que les marchés financiers : en février déjà les transactions avaient chuté de moitié. A défaut de régulation, difficile également de cerner la profondeur réelle de ce marché, une caractéristique que le marché ‘traditionnel’ partage également.

Un phénomène qui va durer ?

En conclusion, il est fort probable que le phénomène des NFT perdure, tant il répond à une demande qui était latente sur le marché de l’art. Ce n’est pas un hasard si les plus grandes maisons de ventes créent une division spécifique aux NFT. Par contre, ne perdons pas de vue qu’indépendamment de la vitesse de développement des tendances connectées, il faut du temps pour les intégrer de façon pérenne dans les habitudes. Un délai qui comporte parfois des surprises, entendez des risques. Si l’attrait des NFT répond à une passion, un intérêt pour ces projets artistiques captivants, il saura donner satisfaction à son détenteur. Si la transaction n’est que spéculative, gare aux déçus, l’évolution fulgurante a tous les aspects d’une bulle. Dans tous les cas, nous ne cesserons jamais de recommander

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