3 mars 2020

Le coronavirus peut-il vraiment déstabiliser l’économie et les marchés financiers ?

Olivier Colsoul

Macro Economist

Le coronavirus sème la panique sur les marchés financiers. Mais si l’on sait faire preuve de patience, la volatilité est parfois source d’opportunité…

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Angoisse grandissante à travers le monde

Les inquiétudes des investisseurs sur le coronavirus se sont soudainement intensifiées avec la multiplication des cas de contamination en dehors de la Chine. Les développements de l’épidémie du coronavirus touchant à présent 40 pays ont anéanti l'espoir que la propagation du coronavirus se limiterait principalement à la Chine. Ces développements ont donc alimenté les craintes d’une possible pandémie et ont fait réagir fortement les marchés financiers la semaine dernière. Si les inquiétudes et les incertitudes restent nombreuses de par le monde, une petite éclaircie semble se dessiner avec la confirmation d’un ralentissement de la propagation du coronavirus en Chine (notamment dans la province de Wuhan, l’épicentre du virus).

Impact sévère sur l’économie chinoise mais gérable

En raison des mesures prises pour empêcher la propagation du coronavirus, l’économie chinoise est de fait à terre depuis plusieurs semaines et un net ralentissement de la croissance se dessine au premier trimestre. Les dommages économiques seront considérables. L'activité des usines chinoises a subi la plus forte contraction jamais enregistrée en février. Les économistes estiment que l’épidémie et les mesures drastiques de confinement pourraient faire baisser la croissance du PIB chinois de +6% à +4%. L’effet cumulé négatif sur l’ensemble de l’année serait toutefois de -0,5%. Les pays asiatiques seront également affectés alors que l’impact sur la croissance mondiale en 2020 serait limité à -0,25%, soit un ralentissement mais pas une récession.

Risque de pandémie globale perçu comme un ‘cygne noir’

Une crise sanitaire internationale, pas seulement limitée à la Chine, pourrait être beaucoup plus coûteuse. Dans un scénario où la pandémie serait limitée à l'Asie, le PIB mondial en 2020 serait amputé de 0,4 milliard de dollars (-0,5%). Dans le cas d’une pandémie mondiale, la perte de richesse s’élèverait à 1,1 milliard de dollars (-1,3%). Cela plomberait inévitablement la croissance mondiale, laquelle était attendue en hausse de +3,3% par le FMI (hors coronavirus) et pourrait, le cas échéant, la faire passer en-dessous du seuil de +2,5% (souvent associé à un risque de récession mondiale). D’autres études antérieures, donc non basées sur l’épidémie actuelle, se montrent encore plus alarmistes mais ne semblent pas très crédibles à ce stade car elles impliqueraient des millions de victimes de par le monde. A l’heure actuelle, privilégier un scénario de pandémie modérée reste assez prudent.

Reprise ultérieure en ‘U’ plutôt qu’en ‘V’

Le rebond en ‘V’ de la Chine après le SRAS en 2003 a été mené par son secteur industriel et ce, alors que l’économie mondiale était en phase ascendante. Le ralentissement économique avait alors duré à peine un trimestre. Cette nouvelle épidémie s’avère être plus perturbatrice que les précédentes : elle risque d'être plus sévère, et de nombreuses activités dépendent désormais davantage des chaînes d’approvisionnement mondiales. Aujourd'hui, les consommateurs comptent plus. De plus, à mesure que l’épisode du coronavirus se prolonge dans le temps et à travers les pays, l’espoir d’une limitation de son impact au 1er trimestre, qui aurait permis une reprise économique en ‘V’, paraît plus incertain. Ce retard dans le rebond nourrit mécaniquement un scénario en ‘U’, avec une reprise décalée.

Réponse monétaire et budgétaire probable

Dès que la croissance économique menace de ralentir, les banques centrales sont attendues à la rescousse. Mais les marchés obligataires font pression dans ce sens, comme l’an dernier, et il serait difficile voire incompréhensible de ne pas réagir en cas de détérioration de la situation. Surtout aux Etats-Unis, le potentiel de baisse n’est pas épuisé et l’on peut raisonnablement s’attendre à une ou deux baisses de taux avant l’été. C’est ce que vient de faire la Fed en urgence en abaissant le loyer de l’argent d’un demi- point de pourcentage pour atteindre une fourchette cible de 1,00% à 1,25%. En Europe, vu les taux planchers fortement négatifs, la situation est plus compliquée. La conduite de la BCE devrait être influencée par la réponse des Etats sur le plan budgétaire (à circonstances exceptionnelles, mesures exceptionnelles).

Peur panique sur les marchés financiers

Les Bourses mondiales s’affolent. Wall Street vient de connaître sa correction la plus rapide de son histoire (-10% en six séances), dépassant celle du lundi noir d'octobre 1987. Il s'agit d'un réveil brutal, et comme toujours dans ces cas-là, la grande majorité ne s'y attend pas, ce qui entraîne des mouvements de panique. Pendant des semaines, l'hypothèse générale parmi les investisseurs a été que le coronavirus originaire de Chine est une inquiétude réelle mais périphérique, un hoquet inattendu dans ce qui se révélera autrement être une année décente mais peu spectaculaire pour les actions. D'autres chutes ne peuvent être exclues si, comme cela semble probable, l'épidémie s'aggrave. Et il faudra sans doute attendre plusieurs semaines avant d’arriver au pic de l’épidémie en dehors de la Chine (où la situation est en voie de stabilisation).

Volatilité parfois source d’opportunité

Malgré des fondamentaux peu séduisants (révision inéluctable des attentes bénéficiaires vers un taux de croissance nul voire légèrement négatif en 2020), parier sur de fortes baisses du marché a rarement été une tactique gagnante pour les investisseurs dans un contexte de baisses des taux d’intérêt et de liquidités abondantes. Le marché boursier s'est d’ailleurs rapidement remis des ventes comme en février 2018 et le 4e trimestre de cette même année pour atteindre de nouveaux sommets. Cela a profondément ancré une mentalité ‘acheter le creux’ qui s'est avérée rentable pour les investisseurs à plusieurs reprises. Le renforcement de celle-ci provient de la forte confiance qu'ils ont des banques centrales qui agiront comme ‘un filet de sécurité pour les marchés financiers’. A cet égard, le soutien des banques centrales reste important et devrait se poursuivre au vu du manque de visibilité et du retour de la volatilité sur les marchés financiers. En conséquence, la prime de risque sur les actions a grimpé à des niveaux plus attractifs. Cela étant, il est probablement encore trop tôt pour acheter massivement, mais peut-être trop tard pour vendre, après la cinglante correction subie.

La patience comme mot-clé

Bien entendu, les économistes ne peuvent pas prévoir la gravité ni la durée de l'urgence médicale potentielle à venir. A tout le moins, le caractère inédit de la crise sanitaire actuelle invite-t-il à la fois à ne pas surréagir, mais aussi à ne pas oublier les leçons apprises au sortir de la grande crise financière. L’histoire montre toujours la capacité de l'économie à se redresser une fois le pire passé. Même en cas de coup dur pour la croissance économique à court terme qui s'étendrait au-delà d'un seul trimestre. Tant que les décideurs politiques et monétaires aideront à soulager le coup économique et financier de toute interruption ou perturbation temporaire de l'activité, la confiance et le retour au travail devraient progressivement se rétablir une fois le virus maîtrisé. En toute logique, gageons que cette crise sanitaire conserve un caractère temporaire et n’implique pas un ralentissement extrêmement prolongé. Si tel est le cas, les marchés financiers finiront par remonter la pente. Les investisseurs à long terme le savent bien. Pour les autres, ils peuvent méditer la phrase suivante : ‘le pire ennemi de tout investisseur n’est autre que lui-même’.

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