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24 avril 2020

Etat des lieux des marchés mondiaux du pétrole - Investisseurs, prenez garde à ne pas vous brûler les doigts !

Christofer Govaerts

Chief Strategist

Le contexte : 20/21 avril - Un cygne noir pour les livres d'histoire

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Dans la soirée du lundi 20 avril, le monde a été surpris par un phénomène inhabituel. Nous haussions déjà les sourcils à la suite de la crise financière lorsque les taux d'intérêt sont devenus négatifs, et encore plus lorsque cela a persisté pendant quelques années. Mais jamais dans notre imagination la plus folle, nous n'aurions pu penser voir des prix négatifs en ce qui concerne les choses vraiment «tangibles». Eh bien, c'est arrivé avec les prix du pétrole lundi dernier. Pourquoi?

Que s’est-il passé ? – Explication des mécanismes derrière le massacre des prix pétroliers

Le marché du pétrole se négocie principalement via des contrats à terme. Un «future» est un contrat à terme standardisé. Et ces contrats ont des échéances mensuelles. Cela signifie concrètement que vous êtes déjà prêt à fixer un prix maintenant pour une livraison à une date ultérieure: acheter/vendre à prix fixe dans le futur, le mois prochain, voire l'année prochaine. 

Les «futures» ne sont pas des armes de destruction massive, ni des options d'ailleurs. Cela dépend simplement de l'utilisation que vous en faites. Ils peuvent être utilisés de manière sérieuse, par exemple à des fins de couverture. Mais ils peuvent également être utilisés de manière imprudente. Le marché du pétrole (comme d'autres marchés à terme) est géré par différents types d’acteurs.

Vous avez les producteurs, les acheteurs et aussi les spéculateurs. Enfin, plus important encore, les contrats à terme à la date d'expiration (la date à laquelle le contrat prend fin) nécessitent un règlement, plus spécifiquement, en espèces contre livraison physique. Ceci est important pour expliquer ce qui s'est passé lundi/mardi dernier.

En amont du carnage sur les prix des contrats à terme du pétrole d’échéance mai 2020, beaucoup de choses se sont passées. Il y a quelques semaines (juste avant l'éclosion de la crise du coronavirus), l'OPEP et certains pays non-membres de l'OPEP ont tenté de concilier leurs divergences de points de  vue, mais l'Arabie Soudite et la Russie se sont disputées. Pour se venger, l'Arabie Saoudite a augmenté sa production, la Russie lui a emboîté le pas et, entretemps, les Etats-Unis ont également été gravement touchés. Cette dernière conséquence était probablement voulue par certains protagonistes du grand jeu de poker pétrolier, soutenus par la Chine (influence géopolitique et défense des parts de marché contre la domination croissante des Etats-Unis dans la production pétrolière).

Quoi qu'il en soit, cela a incité Donald Trump, il y a deux semaines, à intervenir dans le débat de l'OPEP et à affirmer que la guerre des prix était terminée. Ce ne fût cependant pas le cas mais cela a engendré de graves conséquences.

Les spéculateurs ont pensé qu'avec l'intervention de Donald Trump, un plancher sur le prix du pétrole était atteint. Et donc, beaucoup d’entre eux sont entrés sur le marché et ont pris une «position longue» sur les « futures », ce qui signifie qu’ils ont acheté à un prix déterminé dans le but de pouvoir revendre plus haut à une date ultérieure avant l’expiration des contrats à terme.

Pendant ce temps, le COVID 19 est passé par là et a frappé avec force (baisse conséquente de la demande de brut) tandis que le monde continuait à pomper du pétrole à toute allure. Et l’or noir extrait doit être stocké d'une manière ou d'une autre dans des réservoirs qui se sont remplis à pleine capacité. Et c'est là qu'un deuxième problème est apparu: la livraison physique. Quand vous achetez, où allez-vous stocker le pétrole que vous avez reçu?

A l'approche de la date d'expiration du contrat de mai (mois correspondant à la livraison physique), les spéculateurs ont vu le prix du pétrole passer rapidement de plus de 20 $  (au moment de la grande annonce de l'accord de l’OPEP+ par Donald Trump) à des niveaux inférieurs à 10 $. Et seulement un jour avant le jour J, l'enfer s'est déchaîné. Dans une tentative pour éviter de se faire livrer physiquement le pétrole qu'ils étaient censés acheter et qu'ils ne pouvaient pas stocker (faute de capacité disponible), tous les spéculateurs avec des «positions longues» ont tenté de revendre coûte que coûte leurs contrats avant leur expiration.

Trop tard, la porte de sortie était manifestement bondée de spéculateurs. En conséquence, les prix à la vente ont baissé, baissé, baissé. Nous avons clôturé cette soirée à    -37 $/baril mais, durant cette session, certaines transactions ont été réglées à -40 $/baril. Et après que toutes les «positions longues» aient été évincées du marché, le prix est rapidement repassé en positif. Aujourd'hui, le prochain contrat important le plus proche est le contrat WTI de juin. Il s'échange à environ 15 $.

Cela peut-il se reproduire? Oui, c'est possible, et des mesures préventives ont donc été prises.

La possibilité qu’un pareil massacre se reproduise dans trois semaines (contrat de juin) dépend de différents facteurs (voir supra). Mais cela a déjà eu des conséquences importantes cette semaine avec l'intervention des régulateurs. Cela concerne également le risque systémique et la protection des investisseurs particuliers. Deux exemples servent d'illustration.

Aux Etats-Unis, le plus gros ETF pétrolier disponible aux investisseurs particuliers est l’USO. La semaine dernière, c'est-à-dire avant le grand crash, cet ETF a reçu un apport historique de 1,6 milliard USD d'argent frais (suite aux commentaires très positifs de Donald Trump). A ce moment-là, l'ETF valait quelque 4 milliards USD investis dans plusieurs contrats à terme sur le pétrole.

Cette semaine, il a été décidé que cet ETF serait fermé aux nouvelles souscriptions (plus de nouveaux investisseurs autorisés, plus de nouvelles émissions d'actions de cet ETF). Le Chicago Mercantile Exchange (marché à terme) a même exprimé sa volonté de forcer l'ETF à liquider des positions en fonction des circonstances de marché dans les jours et les trois semaines à venir. L'ETF est actuellement investi pour 45% dans les contrats de juin, 50% dans les contrats de juillet et 5% dans les contrats d'août sur le WTI (West Texas Intermediate).

Mais ce n'est pas seulement aux Etats-Unis que les victimes des investisseurs particuliers ont été enregistrées. Le 23 avril, le régulateur chinois a interdit aux banques de prendre de nouvelles positions pour leurs clients dans les véhicules d'investissement liés aux contrats à terme sur le pétrole. La raison en est que de nombreuses plaintes affluent de la part des investisseurs concernant le contrat à terme de mai: non seulement ces investisseurs particuliers ont perdu tout leur argent, mais ils ont même dû payer en fin de compte (prix négatif du pétrole).

C'est donc un jeu très piégeux et cerise sur le gâteau: certains de ces véhicules sont à effet de levier (x2, x3). Cela signifie que les bénéfices pourraient être multipliés. Mais il en va de même pour les pertes dans l'autre sens. Les appels de marge (demande de fonds de la part d’un intermédiaire financier destinés à couvrir des pertes potentielles sur des positions ouvertes) ont, à ce moment-là, frappé sans aucune pitié.

Remarques finales et perspectives du marché pétrolier - Evitez de courir les yeux bandés dans un champ de mines !

L'avenir à court terme est très incertain en ce qui concerne d’une part, le cycle économique et la demande de pétrole et, d’autre part, l'offre de brut. Et celle-ci est surtout déterminée par des considérations géopolitiques. En plus de cela, il faut tenir compte des problèmes logistiques (par exemple le stockage, etc).

L’accord actuel de l'OPEP+ consiste à réduire une partie de la production (9 à 10 millions de barils/jour) à partir de mai. Le problème est comment vérifier qui joue selon les règles du jeu (la théorie des jeux appliquée aux cartels). Qui a intérêt de tricher?

De plus, divers analystes affirment que l'engagement actuel de réduction de l'offre se résume comme étant «trop peu, trop tard», certainement au vu des perspectives du cycle économique telles qu'elles se présentent aujourd'hui (lourde récession due au coronavirus). Un autre consensus parmi les analystes est qu’il faudrait une réduction supplémentaire de la production de 30 millions de barils/jour pour rééquilibrer l'offre au niveau de la très faible demande. Cela impliquerait un supplément de 60% des réductions de production décidées par l'OPEP +.

Si l’on essaie de recoller tous les morceaux du puzzle, est ce faisable ? Les pièces, ce sont les déficits budgétaires nationaux des acteurs impliqués, les interactions géopolitiques, la théorie des jeux, etc. Pour ces raisons, je recommanderais d'être très prudent à très court terme lorsqu'il s'agit d'investir dans le pétrole, même à 15 $ / baril.

Christofer Govaerts
Senior strategist and IC chairman
24/04/20

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