18 mars 2020

Chronique de ces dernières 48 heures sur les marchés financiers

Christofer Govaerts

Chief Strategist

C’est l’histoire d’un supposé « cygne noir » et du leadership politique

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C’est l’histoire d’un naufrage- Cygne noir, Partie I

Hier après-midi, Donald Trump a tweeté ‘Sleepy Joe Biden is a train wreck’ (« ‘Sleepy JoeBiden, c’est un véritable naufrage »). Ensuite, il a tweeté ‘GOD BLESS THE USA’ (« QUE DIEU BÉNISSE LES ETATS-UNIS »). Permettez-moi d'aborder tout d'abord la question du « naufrage ».

En effet, au cours de ces dernières 48 heures, nous avons assisté à un véritable naufrage des marchés financiers, c'est-à-dire à de graves dysfonctionnements. Tout s'envole, on observe une extrême volatilité dans les différentes classes d'actifs (que l'on ne rencontre que très rarement), et des mouvements qui semblent paradoxaux.  Les taux d'intérêt ne cessent de grimper, on vend des valeurs refuge, et j’en passe. En fait, le marché américain a connu des mouvements de marché de 9% pendant 3 jours d'affilée. En termes techniques et statistiques, il s’agit là de la queue extrême de la distribution de probabilités, traduite en langage clair : cette situation ne devait pas se produire, ni maintenant, ni hier, ni demain, ni dans un milliard d'années. Et pourtant, ça a été le cas. Mais pourquoi, et peut-on vraiment parler de cygne noir ?


C’est l’histoire d’un naufrage sur les marchés - Cygne noir/blanc, Partie II

En 2008, nous avons assisté à quelque chose de comparable, mais à l'époque, le facteur déclencheur était l'explosion du système bancaire. Aujourd'hui, le facteur déclencheur est différent, mais il peut potentiellement déclencher le même effet, à savoir l'explosion du système financier mondial en général. A qui (ou à quoi) la faute ?

Contrairement au contexte de 2008, l'environnement technologique a radicalement changé depuis que des machines commerciales très sophistiquées ont fait leur apparition. Depuis quelques années, l'intelligence artificielle (IA) et le self-learning (auto-apprentissage) se sont imposés sur les marchés financiers. Simultanément, nous avons assisté à la progression de l'investissement passif (ETF, fonds indiciels, etc.). Résultat : les volumes d'échange de ce type d'investissement sont devenus majoritaires. Algorithmes préprogrammés super rapides, machines d'IA, stratégies basées sur les quanta, etc. sont les petits nouveaux sur le marché. L'année dernière, à l'occasion de différentes présentations de perspectives du secteur, j'ai souligné l'influence de l'IA sur les marchés financiers. Pour que les choses soient claires : je n'avais pas annoncé la forte correction de ces trois dernières semaines (bien sûr que non, je ne suis pas un génie...). Toutefois, j'ai démontré que cela ne devrait pas être une surprise aujourd'hui, que cela devait arriver tôt ou tard. Nous avons assisté à des dizaines de mini cygnes noirs au cours des 5 dernières années, en particulier sur les marchés des devises étrangères (CHF, GBP, JPY notamment). Il ne s'agit plus d'une coïncidence, ni d'une surprise. Au cours de ces deux derniers jours, le mini cygne noir est devenu un grand cygne, qui est pour l'instant la mère de tous les cygnes noirs.

Pour tous ceux que cela intéresse, je recommande vivement de consulter les articles publiés par Didier Sornette. Son approche du Cygne noir est appelée « Dragon King Events » (Evénements du Roi Dragon). Fondamentalement, elle prévoit que les grands chocs ne sont pas de nature exogène (la foudre peut frapper depuis un ciel bleu clair) mais de nature endogène (déterminée au sein du système) et donc, dans une certaine mesure, prévisibles = cygne blanc.


C'est l'histoire d'une importante conférence de presse - Moi, moi et moi - Le leadership

Hier, s’est tenue une conférence téléphonique du G7, qui a été brièvement résumée de la manière suivante par Donald Trump dans son communiqué de presse d'hier soir

  • J'ai eu une excellente discussion avec les leaders mondiaux
  • Chacun fait tout ce qu'il faut
  • J'espère que le Japon pourra quand même organiser les Jeux olympiques d'été

Ce n'est pas exactement ce à quoi les marchés dysfonctionnels s’attendaient. Les marchés s'attendaient à des actions très concrètes, tant en nombre qu'en rapidité, si possible. Mais ce qui me dérange le plus, c'est que cette conférence du G7 a été organisée par le tandem Merkel/Macron, alors que les Etats-Unis assurent actuellement la Présidence du G7. C'est finalement sous la pression de l'Europe que Donald Trump a cédé et l'a organisée. Cela ne présage rien de bon, mais c'est comme ça.

Encore une preuve que ce Président ne s'intéresse qu'aux Etats-Unis au détriment du reste du monde (à en juger également par son effort financier pour que le vaccin européen soit fabriqué aux Etats-Unis et distribué uniquement dans ce pays).


C'est l'histoire d'une importante conférence de presse - « I Had a Dream »

Aujourd'hui, le monde est devenu un « village planétaire ». A l'époque du SRAS (en 2003), la Chine représentait 4% du PIB mondial, contre 18% aujourd'hui. Nous vivons dans un monde où la logistique, l'économie, les défis (le changement climatique, aujourd'hui le coronavirus) et les crises financières sont tous à l’échelle mondiale.  Le message fondamental de Martin Luther King, c'est que le monde doit se rassembler, dans la maladie comme dans la santé. C'est le principal problème aujourd'hui, surtout quand il s'agit de faire face aux conséquences de la crise financière actuelle. La coordination internationale tarde beaucoup à répondre à ce défi économique massif auquel nous sommes confrontés, actuellement et au-delà de la crise du coronavirus.


C’est l’histoire d'une importante conférence de presse - Retombées économiques

Interrogé hier sur la gestion de cette crise, Donald Trump a tenu les propos suivants : C'est grave, très grave... c'est la faute des autres... mais nous avons les meilleurs experts du monde. Et nous serons au top aux alentours de juillet/août (!!).

Si c'est le cas, les Etats-Unis entreront sans aucun doute en récession, et les conséquences sont très difficiles à évaluer pour l'instant, malgré le discours optimiste de M. Mnuchin (qui a déclaré hier qu'il n'y avait pas de récession aux Etats-Unis). Goldman Sachs évalue déjà à -9% la croissance chinoise au premier trimestre, mais maintient le cap des 3% pour 2020 (ce qui implique une croissance chinoise égale à trois quarts de 7% = pronostic audacieux). Les retombées se feront également sentir ici (si l’on en juge par exemple par l'annonce de Peugeot, Renault et aujourd'hui de VW de mettre fin à leurs activités européennes jusqu'à nouvel ordre). La durée de ce type d'actions a des répercussions sur l'emploi et sur la confiance des consommateurs, et cela aura au final un impact sur le PIB. Actuellement, nous ne pouvons que faire une supposition calculée (enfin, plus ou moins calculée). C'est la raison pour laquelle nos prévisions relatives aux marchés financiers doivent être examinées avec toute la prudence requise.


Une dernière histoire de rétroaction du marché - TAISEZ-VOUS !

Les récentes corrections brutales et historiques témoignent de la présence de rétroactions négatives, c'est-à-dire de mouvements négatifs en spirale extrêmement pernicieux. Et cela peut encore s'aggraver. Marchés financiers ⇒ ralentissement de l'économie ⇒ crise financière plus grave et reprise plus difficile ⇒ crise économique plus grave et reprise économique encore plus difficile ⇒ etc.

En théorie, cela pourrait se terminer par un scénario digne de celui des années 1930 (cette fois-ci , qui ne serait pas organisé par l'avidité ou par des banques qui sèment la confusion, mais orchestré par une machine technologique d'IA apocalyptique). Une fois tout cela terminé, les régulateurs feraient bien d'y regarder de plus près. La question de savoir comment résoudre ce problème est bien entendu complexe. Une fois le « génie » technologique extrêmement sophistiqué sorti de la bouteille, il sera difficile de le remettre à l'intérieur.

Entre-temps, et pour éviter un chaos total (et en l'absence de mesures fortes et coordonnées à l'échelle mondiale), je pense personnellement que nous devrions fermer les marchés (ce qui a déjà été fait dans le passé). De préférence le plus tôt possible. Les machines ont déjà anéanti une quantité considérable de valeur au niveau mondial. Il est temps de débrancher avant de perdre toute valeur.


Prenez soin de vous,

Christofer Govaerts
Senior strategist
17/03/20

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